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DANS L'ACTUALITÉ

Agnieszka Smolczewska Tona

Mémoires des collectionneurs d’objets de la grande guerre : connaître pour sauvegarder et transmettre

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Texte intégral

1La mémoire en tant qu’objet de recherche théorique, conceptuel et réel, phénomène social, est devenue depuis une trentaine d’années une problématique majeure en sciences humaines et sociales (Lavabre, 2011). Les réflexions et recherches autour de cette problématique se sont tellement développées dans divers champs disciplinaires ces dernières années qu’on assiste aujourd’hui, écrit Jan Assmann « à une véritable explosion du thème de la mémoire et du souvenir » (Assmann, 2010, p. 9). Le présent numéro consacré aux travaux de recherche sur la mémoire en sciences de l’information et de la communication concourt à l’actualité de cette question et ses différentes contributions témoignent de la diversité des terrains investis dans notre discipline. Commençons donc par préciser le nôtre.

2La mémoire dont il est question dans cette contribution est celle des collectionneurs d’objets de la première guerre mondiale. Précisons d’emblée que les collectionneurs qui nous intéressent ici ont ceci de particulier qu’ils exposent leurs collections d’objets dans des petits et moyens musées des deux guerres mondiales dans le Nord de la France et en Flandre occidentale, où ils font généralement eux-mêmes leur médiation auprès du public. L’essentiel de notre réflexion ici prend appui sur une enquête issue d’une recherche collective menée entre 2010-2013 dans le cadre du projet TEMUSE 14-451. La visée principale de ce projet était de proposer et de tester une méthodologie permettant à ces collectionneurs-médiateurs la sauvegarde et la transmission de leur mémoire sur leurs collections d’objets exposées en musée, et leur permettre ainsi d’être éventuellement relayés dans leur médiation par d’autres animateurs ou médiateurs issus des institutions muséales. L’enquête menée dans ce cadre a consisté à interviewer et observer une dizaine de collectionneurs en situation de visite et de geste de médiation sur les sites d’exposition de leurs objets et collections (Gellereau & al. 2012). Notre terrain n’est donc pas forcément représentatif du monde des collectionneurs d’objets de guerre et de militaria en général, dans lequel la collection est une pratique d’appropriation d’objets essentiellement privative, parfois secrète, et qu’on ne voit pas, par définition.

3On entendra donc par « mémoire » dans cette contribution, un ensemble de savoirs, de savoir-faire, de compétences et de représentations symboliques acquis et détenus et partagés dans le cadre d’une pratique ou d’une activité sociale, et plus spécifiquement, dans le cadre de la pratique de constitution d’une collection d’objets privée.

4Observons toutefois que la pratique de collection n’est pas le seul cadre social où s’élabore et s’actualise la mémoire des collectionneurs que nous avons rencontrés : d’autres pratiques de mémoire y contribuent également. Ainsi, certains d’entre eux participent à des fouilles archéologiques sur les anciens lieux de combat, d’autres prennent en charge, restaurent et animent des sites et des lieux de mémoire (anciens champs de batailles, anciens forts, etc.). Tous visitent régulièrement des musées, bibliothèques ou centres de documentation spécialisés sur la première guerre mondiale et fréquentent des spécialistes de ce sujet (principalement des conservateurs de musée et d’autres collectionneurs). Et finalement, plusieurs d’entre eux sont à l’origine de la création de petits ou moyens musées privés ou associatifs où ils exposent leurs objets et collections et dont ils assurent l’animation auprès du public.

5La mémoire dont il est question dans cette contribution a aussi ceci de particulier qu’elle se construit et se transforme à partir de restes et traces mémoriels de la Grande Guerre. Cette guerre, comme tout conflit, a eu ses protagonistes et témoins humains qui sont tous en passe de disparaître aujourd’hui : militaires au front, prisonniers de guerre, travailleurs volontaires ou forcés, populations civils des territoires libres ou occupés militairement, etc. Mais elle a aussi et toujours ses protagonistes et témoins matériels : des objets (forts, armes, drapeaux, uniformes, médailles, etc.), documents (journaux de tranchées, lettres, affiches, romans, etc.) et d’autres traces qui façonnent encore certains de nos paysages (mémoriaux, monuments aux morts, cimetières, etc.). La mémoire qui est au cœur de notre réflexion ici est celle qui s’élabore à travers la fréquentation et l’interprétation de cette deuxième catégorie de témoins muets (Filippucci, 2013) de la Grande Guerre.

6Ce qui la rend également singulière, c’est qu’elle est toujours vivante et éphémère. Elle l’est car les collectionneurs avec lesquels nous avons travaillé transmettent leurs connaissances sur leurs collections d’objets essentiellement en situation de médiation, lorsqu’ils se trouvent devant le public venu visiter le musée. Tout converge dans ces musées à ce que les collectionneurs soient sollicités pour transmettre eux-mêmes la mémoire de leurs objets… l’absence dans certains lieux de dispositifs de médiation écrite comme étiquettes, cartels, panneaux explicatifs, etc., n’en est pas une preuve suffisamment convaincante ? Et lorsqu’ils la communiquent, ils le font uniquement au moyen d’un langage oral et corporel. Leur discours est en effet enrichi ou complété par une mise en scène gestuelle, caractérisée par trois types de gestes : des gestes qui renseignent sur la manière de saisir l’objet, de le tenir, de le manipuler (p.ex. celui qui montre comment utiliser une massue en bois pour serrer ou desserrer les raccords des pompes à eau…), des gestes qui miment le message véhiculé par le discours (comme celui qui représente une balle reçue au milieu du front pour illustrer la mort d’un soldat), et des gestes qui attirent l’attention du visiteur sur une vitrine, une pièce ou une de ses parties ou particularités (Smolczewska, Tona, 2013). Mais cette mémoire est aussi éphémère car la majorité de ces collectionneurs ne produisent ou ne gardent aucune trace documentaire de leurs pratiques de collection ou d’exposition. D’une manière générale, il n’existe pas de documents qui permettraient de matérialiser leur mémoire des objets, et des collections, ou projets muséaux auxquels ils les font participer : de même que leurs collections ne sont recensées dans aucune monographie, guide ou catalogue d’exposition, leurs objets ne sont pas inventoriés, numérotés, étiquetés, photographiés… Cette tendance générale est parfaitement résumée par cette réponse de l’un d’entre eux à une question sur sa manière de documenter sa collection : « rien, tout est dans ma tête… ».

7Et finalement on retiendra de cette mémoire, qu’elle est plurielle, et qu’au fil du discours de médiation du collectionneur construit autour de la mémoire de l’objet, s’alternent et s’entremêlent d’autres mémoires, dont nous voudrions maintenant rendre compte.

8Le point de départ le plus naturel pour présenter la pièce exposée est de parler de sa biographie culturelle, de l’histoire des différentes trajectoires et étapes dans sa vie sociale (Kopytoff, 1986 ; Gellereau 2011). Quand il s’agit d’un objet de collection, une étape importante dans sa biographie culturelle est celle de son entrée dans la collection où, en devenant un objet collectionné, et parfois exposé, elle acquiert des significations et valeurs nouvelles qui légitiment son intégration de la collection, sa conservation, son exposition, etc. Dans son discours de médiation, le collectionneur relate ainsi l’expérience de la recherche et de la découverte de l’objet, les traitements et techniques qu’il a dû appliquer pour le nettoyer, le restaurer et assurer ainsi sa sauvegarde matérielle, les projets auxquels il le fait participer, comme celui, entre autres, de l’exposition. Un moment particulièrement intéressant de ce discours est la remémorisation de l’enquête mise en place autour de l’objet par le collectionneur pour l’identifier, l’authentifier, le documenter et le contextualiser. C’est cette enquête qui permet également au collectionneur de reconstruire, de manière plus ou moins précise, l’histoire de l’objet avant son intégration dans la collection, et de présenter au visiteur la pièce exposée en tant que chose usuelle, durant « sa vie utile » avant la guerre, en temps de guerre et éventuellement après la guerre.

9La mémoire du collectionneur sur l’objet témoin de son monde et son époque d’origine nous renseigne sur les procédés et techniques de sa fabrication, sur ses matériaux constitutifs et leurs variations dans le temps, sur ses usages consécutifs et leurs évolutions vers d’autres usages, souvent détournés, sur ses lieux de production, d’usage, d’échange et de conservation, etc. Mais ce qui permet au collectionneur de rendre véritablement singuliers ces vestiges du passé ce sont leurs liens avec les hommes qui ont gravité autour de ces objets. Lors de leur médiation face au public, les collectionneurs tiennent à restituer l’histoire de la vie de ces hommes, principalement des soldats et des combattants au front, mais aussi de ces « passeurs d’objets » qui permettent de ne pas rompre le lien de continuité entre le monde d’origine de la pièce et sa collection. Il peut s’agir alors du civil qui a récupéré l’objet après la guerre pour le réutiliser dans sa vie quotidienne, de l’agriculteur qui l’a déterré en labourant son champ, de la personne qui s’en est débarrassée lors d’une brocante après l’avoir trouvé dans son grenier, du donateur qui l’avait hérité d’un membre de sa famille et qui l’a confié au collectionneur. Tout ceci dans le but de faire revivre et de perpétuer « La mémoire des hommes… Parce que derrière ces objets, il y a aussi ces hommes qui ont souffert (…) », comme nous le précise l’un des collectionneurs, en expliquant ses motivations pour exposer sa collection dans un musée.

10Une autre caractéristique de tous ces collectionneurs est d’entrecouper la restitution de la biographie culturelle de la pièce présentée par des renseignements sur le territoire en lien avec cet objet. Les collectionneurs que nous avons interviewés, rappelons-le, vivent leur passion de collection dans la zone frontière du Nord-Pas de Calais et de Flandre occidentale, l’une des principales zones d’affrontement militaire sur le front ouest durant la première guerre mondiale. Et ils ancrent tous leur pratique de collectionner dans ce territoire, dans ce qu’ils désignent par « ce qui s’est passé chez nous ». Le territoire détermine ainsi leur acte et geste de collecte : les objets en sont issus, ils y appartiennent, et sont sélectionnés et conservés pour cette raison. Grâce à cet ancrage au territoire les collectionneurs accumulent des connaissances très poussées sur son histoire, sa géographie et topographie, ses acteurs, sa vie sociale et politique, etc. Ces connaissances, qui concernent tant le territoire au présent qu’au passé, permettent au collectionneur de se livrer à des comparaisons entre des représentations de ce territoire à différentes périodes de son histoire et de faire émerger deux types de relation entre son passé et son présent. D’une part, une relation de continuité qui souligne les traces mémorielles de la Grande Guerre, le plus souvent transformées au fil du temps, mais qui sont encore lisibles dans les paysages urbain et rural malgré la violence des événements et le temps passé (cimetières militaires, monuments commémoratifs, blockhaus, cratères d’obus, etc.). Et d’autre part, une relation de discontinuité qui donne à voir ce qui est absent, ce qui n’existe plus dans ce territoire présent par rapport à celui du temps de guerre : bâtiments, villages, activités, etc., détruits ou disparus et non reconstruits (Smolczewska Tona, 2013).

11Mais ces collectionneurs sont également porteurs d’une autre mémoire, celle de la pratique du collectionnisme d’objets de la première guerre mondiale, dont ils sont à la fois les protagonistes et les témoins. En effet, beaucoup d’entre eux sont les initiateurs et/ou les principaux acteurs de cette activité dans le Nord de la France et en Flandre occidentale. Ils peuvent en conséquence relater tant sa genèse – lorsqu’on la considérait, il y a encore une trentaine d’années, comme sans intérêt et de ce fait, on la dévalorisait dans le milieu de la collection d’objets de guerre et de militaria – que ses évolutions actuelles. Leurs témoignages sur ce dernier point mettent principalement en évidence le récent changement de statut des objets de la Grande Guerre sur le marché des objets anciens : autrefois et longtemps marginalisés, ceux-ci deviennent désormais objets de collection, ce qui conditionne inévitablement, en les rendant bien plus difficiles, leurs modalités de circulation, d’obtention et de collecte. Les connaissances poussées du monde social dans lequel ils exercent et développent leur collection, permettent également à ces collectionneurs de nous renseigner sur les lieux d’obtention et de circulation des objets, les modalités d’acquisition et d’échange de savoirs et savoir-faire, les figures d’autorité ou les hérauts qui les inspirent, ou les principes éthiques et moraux qui les guident. Pour ce dernier point, évoquons ici en guise d’exemples, leur choix de démilitariser leurs armes et munitions ou leur ferme refus de collectionner et d’exposer des ossements humains ou des pièces acquises de manière immorale ou illégale.

12Venons en maintenant à la problématique générale à l’origine de l’enquête collective menée dans le cadre du projet TEMUSE 14-45 : la sauvegarde et la transmission de la mémoire détenue par les collectionneurs-médiateurs d’objets de la guerre en vue de sa valorisation muséale. Il est clair que pour que cette mémoire dure et existe au-delà du moment de sa communication, il est nécessaire de la rendre permanente, et donc de la transformer en une trace enregistrée sur un support. L’objet-média qui permet une telle inscription matérielle, et donc sa permanence, sa transmission et son appropriation par d’autres en temps et lieu différés, est le document (Smolczewska-Tona, Lamboux-Durand, Bouchez, 2012). La transmission de la mémoire au moyen de documents doit être accompagnée par une réflexion en amont sur plusieurs points : sur le contenu informatif du document (quels connaissances, savoirs, savoir-faire, etc. faudrait-il sélectionner pour s’assurer que la mémoire du collectionneur-médiateur puisse être transmise avec sa collection ?, etc.), sur son contexte social (quels rôle et place devrait prendre ce document dans le contexte d’une collection muséale et de son système de gestion documentaire ?, etc.), sur son format matériel (quels modes de représentation et/ou d’enregistrement – textuel, iconographique, audio, audio-visuel – permettraient de mémoriser les aspects forts et les caractéristiques de la mémoire du collectionneur-médiateur ?), sur sa forme éditoriale (quelles formes discursives et éditoriales – guide touristique, catalogue d’exposition, etc. – correspondraient au mieux pour valoriser l’expérience du collectionneur-médiateur de ses objets et collection ?, etc.).

13Pour sauvegarder et valoriser les savoirs et savoir-faire des collectionneurs-médiateurs avec lesquels elle a travaillé, l’équipe TEMUSE 14-45 a fait le choix de proposer des courts documents multimédia structurés autour des points forts et capitalisables de la mémoire du collectionneur (mémoire de la biographie de l’objet, de l’enquête mise en place autour de l’objet, du territoire, etc.), et destinés à être annexés à des fiches inventaires des objets (Smolczewska Tona, Lamboux-Durand, Bouchez, 2012). En effet, seule la captation audiovisuelle permet aujourd’hui de sauvegarder et de restituer avec fidélité cette mémoire à long terme, et de permettre ainsi aux professionnels des musées – et aux publics – d’entendre, de voir, d’observer et de partager les formes d’expérience et de rapport aux objets que nous transmet le collectionneur lors de sa médiation.

Bibliographie

ASSMANN, Jan. La mémoire culturelle. Écriture, souvenir et imaginaire politique dans les civilisations antiques. Éditions Aubier, 2010, 372 p.

LAVABRE, Marie-Claire. Paradigmes de la mémoire. In Transcontinentales [En ligne], 5|2007, document 9, mis en ligne le 15 avril 2011, consulté le 16 avril 2014. URL : http://transcontinentales.revues.org/756

FILIPPUCCI, Paola. Mute Witnesses: ethnography and archaeology encounter the objects of the Great War. In Gellereau, M. (dir.), France : Actes du Symposium - TEMUSE 14-45, 2013. http://hal.univ-lille3.fr/hal-00836347

GELLEREAU, Michèle. Le récit de témoignage sur les usages comme reconstruction du sens des objets. In Culture et musées, n° 18, Arles, Actes Sud, 2011, p. 75-97.

GELLEREAU, Michèle, DA LAGE, Émilie, GANTIER, Samuel, LEBTAHI Yannick, SMOLCZEWSKA-TONA, Agnieszka, ZETLAOUI, Tiphaine, in Gellereau, Michèle (Dir.). Valoriser la mémoire des témoins et des collectionneurs d’objets des deux guerres mondiales : médiation, communication et interprétation muséales en Nord-Pas-de-Calais et Flandre occidentale. Rapport de synthèse TEMUSE 14-45. Laboratoire GERiiCO - Projet INTERREG Tranmussites, département du Nord chef de file. Université Lille Nord de France - Université Lille 3, 2012.

KOPYTOFF, Igor. The cultural biography of things: commoditization as process. In The social life of things. Commodities in cultural perspective. Edited by Arjun Appadurai, Cambridge: Cambridge University Press, 1986, p. 64-91.

SMOLCZEWSKA-TONA, Agnieszka, Lamboux-Durand Alain et Bouchez Pascal. Pratiques de collectionneurs et de sauvegardes de leurs mémoires : objets de la Première Guerre mondiale en Nord–Pas de Calais et Flandre occidentale. Dans ESSACHESS – Journal for Communication Studies, 5(2(10)) :165–177, 2012.

SMOLCZEWSKA-TONA, Agnieszka. La préservation et la transmission des « mémoires » et de leurs spécificités dans le cadre du projet TEMUSE. In GELLEREAU, M. (dir.), France : Actes du Symposium - TEMUSE 14-45, 2013. http://hal.univ-lille3.fr/hal-00836330

Notes

1 Le projet TEMUSE 14-45 : « Valoriser la mémoire des témoins et des collectionneurs d’objets des deux Guerres mondiales : médiation, communication et interprétation muséales en Nord-Pas de Calais et Flandre occidentale » a été mené par des chercheurs du laboratoire GERiiCO (Groupe d’Études et de Recherche Interdisciplinaire en Information et en Communication) de l’Université Lille 3 et du laboratoire De Visu de l’UVHC. Il a été réalisé dans le cadre du programme transfrontalier INTERREG Transmussites 14-18 (TMS 14-45), piloté par le Conseil Général du Nord-chef-de file, de mise en réseau de musées et sites des deux guerres mondiales dans les Départements du Nord, du Pas-de-Calais et la Province de Flandre occidentale et contractualisé de 2010 à 2013 entre l’Université de Lille 3 et le Département du Nord.

Pour citer ce document

Agnieszka Smolczewska Tona, «Mémoires des collectionneurs d’objets de la grande guerre : connaître pour sauvegarder et transmettre», Les Cahiers de la SFSIC [En ligne], Collection, 10-Varia, DANS L'ACTUALITÉ,mis à jour le : 20/04/2020,URL : http://cahiers.sfsic.org/sfsic/index.php?id=587.

Quelques mots à propos de : Agnieszka Smolczewska Tona

Université de Lyon, F-69008 Lyon, France Université Lyon 1, ELICO, F-69622 Villeurbanne, France. Mail : agnieszka.tona@univ-lyon1.fr